A BISTO DE NAS : LE FRANCAIS DU SUD-OUEST
Bernard VAVASSORI
PRONONCIATION ET SYNTAXE
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PRESENTATION ET SYNTAXE
Adessiatz brava gent !
Vous trouverez ici quelques-uns des mots et expressions les plus employés dans le parler familier du Sud-ouest de la France. Si vous n'y trouvez pas les vôtres, contactez l'auteur !
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la langue du Sud-ouest de la France est bien entendu, à la base, l'occitan. Il faudrait y rajouter le basque et le catalan, mais ces deux langues n'ont pas été prises en compte en tant que telles dans l'élaboration de ce lexique.
Chacun sait que l'occitan bien que défendu et protégé comme une espèce en voie de disparition, n'est hélas plus parlé de manière naturelle, que par de rares locuteurs âgés, par quelques militants des instituts spécialisés, par deux ou trois journalistes de la chaîne régionale de télévision et enfin, de manière occasionnelle, par les professeurs et élèves des calandrettes[1].
En Espagne par exemple, les langues régionales comme le catalan, le basque ou le galicien ont leur enseignement, leur presse, leur(s) chaîne(s) de télévision captées par satellite dans le monde entier. Journaux, films, séries et spots publicitaires sont émis dans ces langues sans qu'intervienne le moins du monde la langue nationale, sauf si le reportage porte sur un événement extérieur à la communauté linguistique, ou bien sur le reste de l'Espagne, auquel cas la langue est traduite au moyen de sous-titrages.
La France n'a pas eu de politique linguistique similaire. Ici, quand on propose par exemple de traduire modestement les noms de rues d'un village en occitan, on répond souvent que ça coûte cher après avoir émis un regard interrogateur : pour quoi faire ?
La France vient de reconnaître les langues régionales dans la Constitution au titre du patrimoine national (enfin ! le 23 mai 2008). Mais est-ce le moment ? Oui bien sûr il n'est jamais trop tard, on ne va pas porter le coup de grâce aux langues régionales à l'agonie ! Mais pourra-t-on revenir en arrière, faire que les Occitans parlent leur langue au quotidien ? (Occitan, parla ta lenga ! Es fotut ! disent déjà certains). Mais beaucoup ne baissent pas les bras, ne les baissons pas non plus !
Le propos de ce dictionnaire, pour la troisième fois est de constater que, malgré cette défaite de la langue d'oc face à l'armada victorieuse de la langue d'oïl, l'occitan a laissé dans le français parlé dans le Sud-ouest des traces bien visibles ou plutôt bien audibles. Des mots d'abord, puis des expressions, un accent, un rythme et des tournures propres. Bien sûr ce parler ou cette manière de parler franco-occitans tendent à disparaître, remplacés par un français standard véhiculé - ou involontairement imposé - par les migrants – ingénieurs, étudiants, techniciens, ouvriers, employés ou retraités venus de tous les coins du pays et de l'Europe – que les trois métropoles de Bordeaux, Toulouse et Montpellier attirent chaque année davantage.
Cette normalisation ou standardisation de la langue nationale a conduit les plus vieux ou les plus enracinés dans ce "Méridion[2]", la diaspora éloignée de la terre natale (del Païs) ainsi que les plus nostalgiques, à se raccrocher au parler de leur enfance, celui de leurs aïeux et à vouloir en ressentir la saveur oubliée. Ainsi emploiera-t-on sciemment ou inconsciemment des mots ou des tournures entendus en occitan et que l'on aura francisés, afin d'apporter au français de tous les jours une empreinte familière.
Alors pour sourire ou pour un complément d'expressivité on dira, "Je te me suis espatarré devant tout le monde ! J'avais pas l'air couillon, tê !", ou bien "Dis-moi, toi qui t'y entends, elle mesure combien cette chambre, à bisto de nas?" ou encore "Ouh ! Je sens que le temps va changer, mes agacis me font souffrir".
Certains par contre croiront parfaitement parler français en disant "Zut, j'ai tombé le stylo", "Quitte-toi le pull si t'as trop chaud", "Donne-moi-s-en un", "Putain, con, il y a un de ces roulages sur le périf ce soir", "Le panier que tu cherches, il suspend dans le garage", "Va lui aider à mettre la table", "Tu l'as remerciée à mamie, toi ?", "Tu as vu que tu t'es mis de la terre par les pantalons !", "Mets-toi le chapeau, que tu vas m'attraper un coup de soleil !", "Depuis qu'il est parti je le trouve de manque"… Sans parler de la chocolatine et autre poche des commissions qui sont maintenant connues dans le pays tout entier au même titre que la wassingue et les biloutes du Nord-Pas-de-Calais.
Les mots et expressions que l'on trouvera ici sont le fruit d'une moisson patiente effectuée sur une trentaine d'années. Les plus nombreuses sont celles que j'ai entendues prononcer autour de moi, dans mon enfance surtout, et au cours de mes périples dans les régions du Sud-ouest[3]. On a pu en lire dans Avé plaisir, puis dans A bisto de nas et La Bise et l'Autan. Depuis, les lecteurs déçus de ne pas trouver leur lexique préféré dans ces trois ouvrages m'ont abondamment approvisionné en expressions de leur "pays". Chaque fois que celles-ci pouvaient trouver une paternité occitane dans les dictionnaires de Louis Alibert, en ce qui concerne le languedocien, et de Simin Palay pour ce qui est du gascon, elles ont trouvé leur place dans le nouveau lexique que vous avez sous les yeux.
Nombreux seront les lecteurs qui "trouveront à redire" car leurs mots n'y sont pas. Mais comment réaliser un lexique exhaustif avec des mots qui n'existent dans aucun dictionnaire, des mots fabriqués de toute pièce à partir du "patois[4]" ? Alors on pourra chipoter sur tout, sans hésitation car si ici on dit chaoupiner, là on dira tchaoupiner. Ici atchiouler, là-bas atchouffer. D'un côté milo diou, de l'autre mila dious ou même milo ditz !
A un moment donné, il a fallu choisir. J'ai choisi. Arbitrairement ? Les dictionnaires occitans m'ont encouragé à garder ceci et à laisser cela. D'autres mots apparaîtront à un autre moment. Car si la plupart sont connus dans la région entière, certains sont employés uniquement au sein de certaines familles ou de certains villages. Mais ne faut-il pas les préserver aussi de l'oubli ?
En feuilletant cet ouvrage chacun pourra dire de tel ou tel mot: "Ça y est !" ou "Ça n'y est pas!". Mais que chacun se rassure : il y aura toujours quelque autre lexique "par-là" qui les mentionnera, tant la nostalgie de l'époque où l'on employait vraiment ce vocabulaire est forte, se répand et fait fleurir les multiples "dictionnaires-albums-souvenir" aux six coins de l'Hexagone.
Bernard VAVASSORI
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NOTES ET ABRÉVIATIONS :
Lorsqu'un mot, une expression ou une manière de parler est propre à une région du Sud-Ouest, cela a été signalé en marge :
- LANGUEDOC : Est de la zone (Haute-Garonne, Aude, Hérault, Lozère).
- MIDI TOULOUSAIN : région de Toulouse et zones limitrophes des départements environnants.
- ROUERGUE : Aveyron et zones limitrophes.
- GASCOGNE : Gers, Lot-et-Garonne, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, etc.
- auvergne : Cantal
- SUD-OUEST : Aquitaine, Midi-Pyrénées et Est de Languedoc-Roussillon (Aude, Hérault).
(En cas d'incertitude, rien n'est signalé, tant il est vrai qu'un mot ou une expression peuvent voyager avec les personnes qui les utilisent et s'installer progressivement dans le parler local).
D'autre part, il nous a paru intéressant de souligner les nombreuses similitudes lexicales ou syntaxiques entre la phrase méridionale d'influence occitane, et la phrase catalane, espagnole ou italienne. Lorsque cela sera le cas, l'on trouvera en italiques la correspondance dans chacune de ces trois langues. Toutefois, pour ne pas surcharger la présentation, nous avons choisi dans le chapitre "Syntaxe" de ne faire de comparaisons qu'avec la langue espagnole.
Liste des abréviations
adj. : adjectif
adv. : adverbe
AMER.LAT. Amérique latine
ARGOT MÉR. : argot méridional
GASC. : gascon
art. : article
CAT. : catalan
Cf.: conférer.
C.O.D. : Complément d'objet direct
conj. : conjonction
constr. : construction.
ESP. : espagnol.
excl. : exclamation.
expr. expression.
f. : féminin.
fig. sens figuré.
FR. : FR.
Interj. : interjection.
Inv.: invariable
ITAL. : italien.
LAT. : latin
Loc. adv. locution adverbiale.
m. à m. : m. à m.
m. : masculin.
n. : nom.
NB. : nota bene
num. : numéral.
OCC. : occitan.
Onomat. : onomatopée.
part.pass. : participe passé.
pl. : pluriel.
pr. : pronom.
pron. : prononciation.
prép. : préposition.
ss. : sens
suff. suffixe.
syn. synonyme.
peu us. : peu usité.
Var. : variante.
v. tr. : verbe transitif.
v.intr. : verbe intransitif.
vx. : vieux, vieilli.
Lecture des mots occitans
Graphie des mots occitans : Les mots occitans sont orthographiés selon la graphie classique fixée par Louis Alibert. L'accent écrit indique la place de l'accent tonique et si la voyelle est fermée ou ouverte. Remarques concernant la transcription des sons : - Afin de rendre lisible et compréhensible de tous la transcription des phonèmes, il est indiqué entre crochets la prononciation en graphie française : [catchoníou], [castàgno]. L'accent écrit indiquant la position de l'accent tonique. |
lettres | exemples | son | prononciation |
a à l'intérieur d'un mot ou accentué | bartàs | [a] | [bartas] |
a final atone | Tolosa | [o] | [Toulouso] |
o | Tolosa | [ou] | [Toulouso] |
ò | quicòm | [o] | [quicom] |
on | bon, pichon | [ou] | [bou, pitchou] |
ai | mai | [ay] | [may] |
ei | rei | [èy] | [rey] |
oi | boira | [oy] | [bóiro] |
au | autan | [a-ou] | [aoutà] |
eu | benlèu | [è-ou] | [belèou] |
ou | nòu | [o-ou] | [no-ou] |
ch | chaupinar | [tch] | [tchaoupinà] |
nh | castanha | [gn] | [castàgno] |
lh | pelha | [ill] | [peillo] comme dans million |
u | una | [u] | [ùno] |
n en fin de mot ne se prononce pas toujours | poton, Tarn |
| [poutou, Tar] |
r en fin de mot ne se prononce pas | parlar |
| [parlà] |
s en fin de mot est sonore | bartàs | [ss] | [bartass] |
t en fin de mot est sonore | canhòt | [tt] | [cagnott] |
Particularités
de prononciation
sons |
|
-ai, ais, ait, et | Comme dans poulet, mulet, parlerai, parlerais, lait, parfait, etc. se prononce [ê] ouvert, comme à Paris, dans le Gers, et une partie du Lot-et-Garonne et [é] fermé dans le reste du Sud-Ouest. Dans les toponymes et patronymes en -et, se prononce [ét], avec un t très sonore (Muret, Portet, Aubiet,...). (NB : Se prononce ouvert [ê] en français standard). |
-an, -en, -in, -on | En Aveyron en particulier, les mots terminés par in, en, ent, ant, on, ont, ... se prononcent avec un n dental sonore chaque fois que cette lettre est nasale en français. Ex.: matin [matènn], Aveyron [avéronn], temps [tann], avant [avann], comment [comann]... (Les Toulousains qui se moquent des aveyronnais disent "Il est de l'Aveyronn, il aime le bonn jambonn et le saucisonn"). Notons que cette tendance s'estompe et que seules les personnes de la campagne ou les plus âgées prononcent ainsi aujourd'hui. De même à l'intérieur des mots : ancien peut se prononcer [antsienn], conserve [contserve]... |
-bl- | Il arrive encore, que les consonnes bl de certains mots se transforment en pl. Ex : la [taple], le [saple], ce vin est [trouple], [impécaple] ... |
-c final | On entend encore parfois, le son [k] à la fin de mots comme estomac, almanach, broc, escroc, suspect, respect... Curieusement le mot "avec" a perdu son c final et se prononce [avé]. |
cons- | Comme dans constant, constituer, construire, cette syllabe est prononcée [cos] : [costant], [costituer], [costruire]. |
-d final | Dans : Sud, David... le d se prononce comme un t [Sut], [Davit]… |
-e et -e final | Classique dans tout le Midi, le e final se prononce, mais dans le Sud-Ouest, il est plus proche du son eu que du son a caractéristique du parler provençal : Pour Nadine ou Janine, on dira [Nadíneu] ou [Janíneu] – avec une tendance parfois à dire [Nadíné] ou [Janíné] – plutôt que [Nadína] ou [Janína] comme à Nîmes ou Marseille. Entre deux consonnes, le e se prononce également : On dira carrefour quand les Parisiens diront [carfour]. Pâquerette, quand les français du Nord diront [pakrèt]. Déjeuner, quand ils diront [déjner]. Etc... |
-ent final | La terminaison en -ent se prononce [–eut] chez les Anciens. - A quelle heure ils partent [parteut] les petits pour aller à l’école, eh ? De plus en plus rare. |
-eu- | Comme dans "Creuse, Meuse..." : prononcé très ouvert, avec un son proche du [a], alors qu'en français du Nord, ce son est très fermé, plus proche du [u]. Par exemple, dans "heureuse", le premier eu est fermé, le second est ouvert, alors qu'en français du Nord, les deux eu se prononcent fermés. |
-h aspiré | Le h aspiré devient quelquefois muet : Au lieu de [le hangar] on peut entendre [l'angar], le hourdis > [l'ourdi], la hernie > [l'erni], les haricots > [lézarico], etc. A noter ici l'influence du languedocien qui n'a pas de mot commençant par h, donc qui ne connaît pas le h dit aspiré (exception faite du Gascon qui transforme les f initiaux en h fortement aspirés). |
-ill- | Dans certaines campagnes, le -ill des mots paille, quille, ... se prononce "mouillé" comme dans le français "million", l'italien "moglie" ou l’espagnol "calle": J’ai dit à la fille qu'elle aille ramasser la vieille paille. [filiö], [ailiö], [vièliö], [paliö]. |
-l final | Le l final du suffixe est sensible dans chenil, persil, baril, gril, sourcil, mais ne se prononce guère dans fusil, gentil... |
-li | Se prononce dans toute la région très souvent [ye] comme dans milieu [miyeu]. |
-n double | Comme dans : année, ennemi, Anne, ennui ... Les deux n se prononcent très nettement [an-née], [en-nemi], [An-ne], [en-nui], [ten-nis]... En français du Nord on prononcera [ané, [énemi],[ Ane], [anui], [ténis]... (Il se peut également que des mots ne comprenant qu'un seul n soient prononcés comme s'il y en avait deux : dîner > [dîn-ner] |
-n final | Comme dans Tarn, Béarn : On note ici une influence de l'occitan où cette lettre est insensible en finale. Ainsi entend-on parfois [Tar'] ou [Béar']. |
-ni | Comme dans union, fanion, manière, panier... se prononce encore très souvent [-gn]- [ugnon], [fagnon], [magnère], [pagnier]... |
-au, -o
| Dans chaude, rose, chose,... le [o] se prononce ouvert comme dans cor. (En français du Nord, le o de rose, chose, hôte, côte... est prononcé comme dans haut) De même, pas de différence entre hôte, hotte et haute, côte et cote... |
-oin | Les Anciens le prononcent en général [-ouan] : besoin [besouan], moins [mouanss]. Les plus jeunes le prononcent comme en français du Nord : [ou-in] [fouin, mouin...] |
-r- | Le r est roulé à la campagne (plus rarement à la ville), mais seulement par les personnes les plus âgées : Dans des mots comme béret, baraque, carotte, il est prononcé très roulé comme s'il était double ou triple [bérret], [barraque], [carrotte]. Par contre, certains mots de deux r, comme erreur, sont prononcés comme s'il n'y avait qu'un seul r très peu roulé. Cette manière de prononcer le r a bien entendu tendance à disparaître. En Gascogne, il arrive que si un mot a deux r, le premier ne soit pas roulé (et soit au contraire prononcé très pharyngal à la manière de la jota - J - espagnole) et que l'on roule le second (ex.: remorque, regarde,...). Il arrive aussi que certaines personnes ayant eu des difficultés à se défaire du roulement du r, le prononcent par la suite très pharyngal. (NB : le r roulé n'est pas considéré comme incorrect en français. Au Québec notamment). |
-s- | Dans des mots comme cataplasme, catéchisme, slip, se prononce [Z] : [cataplazme], [catéchizme], [zlip]. Le son [S] final est encore prononcé, bien que rarement, dans des mots comme gens, moins, plus, os, avis, tandis que, jus, Doubs... En début de mot le s aura besoin d'un e parfois pour être prononcé correctement. En effet on pourra entendre, bien que rarement : [estyle], [escooter], [estop] pour style, scooter et stop. En effet en occitan le S impur n'existe pas. Même chose en espagnol où l'on dira : estilo, escúter et estop ; idem en catalan. Au contraire en italien cette particularité n'existe pas. NB.: en occitan des centaines de mots commencent par es- |
-x- | Dans des mots comme fax, boxe, exact, fixer... le x est encore quelquefois prononcé [ts] ou [dz] : [fats, botse, edza, fitser…] Dans explication, excuse, eux, ceux, six janvier, dix juin...... il se prononce encore, bien que rarement , comme un s [esplication], [escuse], [eus], [ceus], [sis] janvier, [dis] juin... |
-z final | Comme dans gaz, Lopez, Fez... se prononce S [gas], [Lopès], [Fès].... Occitan, italien, catalan et espagnol : gas |
Remarques concernant l'orthographe :
La plupart des mots de ce lexique ne figurent dans aucun dictionnaire académique. Il s'est agit pour l'auteur de transcrire et de rendre lisible pour des lecteurs français des mots généralement d'origine occitane. Le parti pris a été d'en laisser l'orthographe le plus souvent en accord avec l'original occitan. Quelques exemples :
Lorsque le mot comporte le suffixe occitan –jar, (arpatejar, trastejar, quequejar), l'adaptation française s'est faite avec le suffixe –jer (arpatéjer, trastéjer, quéquéjer) et non comme en français en –ger (comme dans patauger, protéger, alléger…).
Lorsque le mot comporte le suffixe occitan –eta, (carreta, coeta…), l'adaptation française s'est faite avec le suffixe – ette (carrette, couette).
Lorsque l'on entend le son [tch] comme dans l'occitan chaupinar, chapar, gavach, papach,… on transcrira par tch : tchaoupiner, tchaper, gabatch, papatch…
Lorsque la consonne finale est sonore (notamment le t), afin d'éviter la confusion avec les mots français terminés en -et comme poulet, béret…, ou en –it comme confit, répit…, ou encore en –ot comme calot, canot,… dont le t est sourd, cette particularité est signalée par un accent écrit avant le t (béouét, périquét, counét, apapésít, indjaourít, babaròt, petiòt.)
La graphie spécifique occitane nh (canhas, castanha) et lh (milhas, colhon) a été rendue par la graphie française gn (cagnas, castagne) et ill (millas, couillon).
Lorsque les mots occitans sont employés tels quels, ils seront orthographiés à la française, afin de ne pas gêner dans sa lecture le lecteur ne connaissant pas l'occitan, mais immédiatement suivis de la graphie originale. ex.: À bisto de nas (tel qu'on le prononce), suivi de la mention : "(De l'occ. a vista de nas)".
Lorsque l'accent tonique porte sur l'avant-dernière syllabe, chose que le français du nord (de la Loire) a du mal supporter, un accent écrit est rajouté. ex.: amòri, àtchou, babàou, belèou, catchoníou… afin que le lecteur "étranger" ne prononce pas ces mots à la française, c'est à dire en appuyant sur la dernière syllabe.
SYNTAXE
La plupart des différences entre le français parlé dans le Midi et la langue officielle sont en général des calques occitans (ces "incorrections" qui faisaient et font encore le charme de notre parler méridional disparaissent donc, hélas diront certains, avec le temps). La plupart sont relevées chez les personnes les plus âgées ou originaires de la campagne, mais aussi chez ceux qui, les employant à dessein, veulent défendre un patrimoine culturel.
Accumulation de pronoms, ou pronoms employés différemment
| Une des caractéristiques du parler méridional est l'accumulation des pronoms. - Si tu veux te l'emporter, tu te l'emportes ! Construction similaire en espagnol : Si quieres llevártelo, llévatelo. - Jette-moi-s'y un coup d'oeil à cette voiture, avant de partir. - Donne-moi-s-en une ! - Tu te le fais facile, toi ! - Ici, on se mange et se boit tout ce qu'on se porte. Esp. Aquí uno se come y se bebe todo lo que se trae. - Je te lui ai foutu une castagne, con ! - Le vent, il souffle par ici ! En automne, les feuilles elles tombent. |
Adverbes à la fin | - Alors celui-là, il est nul complètement ! : La place de l’adverbe en fin de phrase renforce l’affirmation. |
Adverbes en tête | - Et jamais tu viens me voir ? Tu ne viens jamais me voir ? Esp. ¿Nunca vienes a verme? - Et encore tu es là, toi ? Tu es encore là ? Esp. ¿Todavía estás aquí, tú ? - Et toujours tu parles autant ? Tu parles toujours autant ? Esp. ¿Siempre hablas tanto? |
Articles en plus
| Comme dans : - Je ne veux pas qu'il soit le dit que je raconte des mensonges... Ou article à la place du possessif : - Le gendre me l'a dit ce matin. (La fille, la femme, le Roger...) : Mon gendre, ma fille, etc. - Je ne sais pas où j'ai mis le portefeuille : … mon portefeuille. |
Futur | - Je croyais avoir mis le portefeuille sur le buffet, mais non ! Et cherche que tu chercheras... Et tu sais pas où il était ? Chez la boulangère je l’avais laissé, macarel de nom de nom qu’il me fait dire ! Esp. Busca que buscarás, même sens. |
Subjonctif | Des verbes être et voir notamment : - Je balaye pour que ça soye plus propre : Je balaie pour que ça soit plus propre. - Il faut que je nettoye les vitres pour qu'on y voye mieux : Il faut que je nettoie les vitres pour qu'on y voie mieux. |
Omission de l'article | Dans des expressions comme : - à Carnaval, à Toussaint, à Noël... - Le jour de Carnaval, à la Toussaint, à la Noël... - Je viens te chercher dans demi-heure. - ... dans une demi-heure. (Esp. dentro de media hora) - Donnez-m'en demi-livre (demi-litre). - ... une demi-livre (un demi-litre). Esp. Póngame medio litro... |
Omission de la préposition de | - Regarde en face toi : …en face de toi. - Je me suis retrouvé en bas l'escalier ! : …en bas de l'escalier. |
Possession
| La possession est marquée dans la phrase méridionale par l'emploi fréquent du pronom personnel (Voir Accumulation de pronoms) : - Mets-toi le chapeau, que tu vas m'attraper une insolation ! - Mets ton chapeau… Esp. Ponte el sombrero. - Quitte-toi les chaussures : Ôte tes chaussures. - Tu ne trouves pas qu'ils me sont trop grands ces pantalons ? - Ce pantalon est trop grand pour moi. Esp. Estos pantalones me vienen muy grandes. - Monsieur, il m'a fait une tache sur le cahier ! - Il a fait une tache sur mon cahier. Esp. Me ha hecho una mancha... - Viens te frotter les pieds sur le paillasson avant de rentrer ! - Viens frotter tes pieds... (avant d'entrer) - Je t'ai lavé le pull rouge ! - J'ai lavé ton pull rouge. Esp. Te he lavado el jersey rojo... |
Ajout de la préposition de
| Entre un nom et un adjectif, il arrive que l'on rajoute la préposition de. - Samedi il y aura dix élèves de collés. -... dix élèves collés. (Incorrection relevée aussi dans d'autres régions de France). Pour demander un éclaircissement ou une explication on demandera : - De quoi ? : – Quoi ? Quoi donc ? Aussi : - Je ne crois pas de me tromper. - … me tromper |
Prépositions employées différemment | - Je t'ai préparé un cageot de salades pour emporter. ... à emporter. Esp. para llevar… - Je me suis acheté une pierre pour aiguiser. ... à aiguiser - Il se l'est mise à la poche !... dans la poche. - Tu t'es levé bien à bonne heure ce matin ! ... de bonne heure - Ça a goût à brûlé : ça a un goût de brûlé. - C'est le vélo à mon frère : ... de mon frère (incorrection non exclusive du Midi). - Tomber de cul : tomber sur le cul. |
Terminaisons en -ent | Prononcées [-eut] par les Anciens et à la campagne : - Et bé, pauvre, c'est l'automne, il faut bien que les feuilles elles tombent [tòmbeut]. |
Terminaisons en -ét | - Dans les prénoms : Louisét, Mariusét, Pierrounét, pour petit Louis, petit Marius, petit Pierre. Diminutifs affectueux, indiquant la petite taille ou l'affection que l'on porte à quelqu'un, même de grande taille. |
Terminaisons en -as, -asse | - Suffixe augmentatif, comme dans : gitanas (espèce de grand gitan), grandas (très grand), pégas (grand fou), paysanas (péquenot), counas (grand con), etc. (féminin : gitanasse, pégasse, paysanasse, counasse, etc.). |
Terminaisons en -ou-oune | - Dans les prénoms : Guitou, Djandrou, Claudou, Jeantou, Hortensou,... Diminutifs de Guy, Alexandre, Claude, Jean, Hortense... et même Dickou pour Dick, le chien. - Dans les patronymes : le Pougetou : Le petit Pouget, le Clotou : le petit Clot. - Dans les noms communs d'origine occitane : barricou, cabécou, carnou, nénou, petitou, poulétou, poutou, siétou, siestou, ventrou. ... simplement petit, mais souvent petit et mignon à la fois. Parfois employé à l'adresse des enfants. Même utilisation du suffixe diminutif –ito en espagnol. - Au féminin la terminaison devient – oune : petitoune, Christoune, noune... |
Verbes employés différemment | - aider : - Il faudrait que j’aille lui aider à rentrer les moutons avant qu’il fasse nuit ! ... que j’aille l’aider. - avoir besoin : - Si tu m'as besoin tu m'appelles ! = ... si tu as besoin de moi... Esp. Si me necesitas... - confesser : - Je vais aller confesser. = ... me confesser. - croire : - Regarde ces nuages, on croirait des montagnes = ... on dirait... - moucher : - Avec ce rhume, je n'arrête pas de moucher ! = ... de me moucher... - pisser : - Il pissait le sang comme un cochon... : Son sang pissait… - promener : - Bonjour madame ! Alors, on va promener ? = ... se promener... - quitter : - Quitte-toi la veste, si tu as trop chaud ! = ... enlève (ôte) ta veste... Esp. Quítate la chaqueta. - ressembler : - Et qui il ressemble ce petit ? = ... à qui il ressemble... - sortir : - Sors-toi les chaussures si tu as mal aux pieds ! = ... enlève / ôte tesEsp. Quítate los zapatos. chaussures... - suer : - Dans un boulot comme ça, tu sais que tu as de quoi suer la chemise ! = ... de quoi suer. - tomber : - Tu n'as pas tombé quelque chose, là ? = ... laissé tomber (fait tomber).
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Verbes pronominaux | - s'acheter : - Je me suis acheté un ordinateur. - J'ai acheté un ordinateur. Esp. Me he comprado un ordenador. - se changer : - Je me change les (de) pantalons et j'arrive ! - Je change mon pantalon... Esp. Me cambio los pantalones. - s'emporter : - Ce grand couillon il s'est emporté la clé, et maintenant on est fermés dehors ! - …il a emporté... Esp. ... se ha llevado la llave. - se manger : Je comprends qu'il n'ait pas faim : il s'est mangé toute la baguette sur le chemin ! Esp. ... se ha comido la barra entera… - se mériter : - Tu sais que des fois tu te mériterais un bon coup de pied au cul, eh ! - Tu mériterais... Esp. … te merecerías... - s'en voir : - Tu sais qu'il s'en voit avec ce drôle, eh ! - ... il en voit de toutes les couleurs... Il s'y voit les pierres (voir plus bas). - s'y voir : - Mets la lumière qu'il s'y voit rien là-dedans ! - ... on n'y voit rien... (rare). Esp. No se ve nada |
Genres inversés | - anchois, lièvre, pétale, platane, ongle,… sont quelquefois employés au féminin. - cuiller, enclume, étable, impasse,… sont quelquefois employés au masculin. |
Remarques concernant la fréquence des mots :
Tous les mots répertoriés ici n'ont bien entendu pas la même fréquence d'utilisation. Certains sont des régionalismes inconscients, c'est à dire que le locuteur croit en les utilisant, parler un français tout à fait correct. C'est le cas par exemple des traditionnels chocolatine, poche (de supermarché), tomber (quelque chose par terre), quitter (la veste…), pelleverser, patin couffin, une paire de pantalons, l'ormeau (l'orme), etc. Ces mots font parfois l'objet d'âpres discussions entre locuteurs "d'ici" et "étrangers" venant du Nord (de la Loire voire de la Garonne) surtout lorsque ces intrus contestent leur manière de parler. Seul le dictionnaire de la langue française peut alors les départager.
Certains autres sont des régionalismes semi conscients. Leurs utilisateurs savent plus ou moins au moment où ils les emploient qu'ils ne parlent pas tout à fait français mais ces expressions sont tellement entrées dans le langage courant qu'ils savent inconsciemment aussi qu'ils seront compris. C'est le cas par exemple d'expressions aussi fréquentes que à bisto de nas, les agasses ne font pas de cocus, il se voit les pierres, se mettre du trompe-couillon, etc.
Certains enfin sont des régionalismes conscients, c'est à dire que le locuteur sait en les utilisant qu'il emploie des mots "patois", ou d'origine occitane. Il ne les emploiera donc qu'avec des "natifs", des personnes qui les comprendront. Ainsi entre "natifs" on pourra se saluer par un adieu ! ou lancer un ba pla ? à un copain que l'on rencontre en ville tout en faisant attention de ne pas empéguer et bougner par distraction la voiture qui est devant soi (si c'est une catcharre, c'est moins grave, mais ce n'est pas une raison de faire le quèque non plus quand même !). Toutefois dans cet ensemble de régionalismes conscients il y a ceux que l'on vient de citer et qui tirent plutôt vers l'argot méridional, et ceux qui sont tout simplement des mots occitans francisés, peut-être moins employés, mais indispensables car les mots français qui en seraient la traduction sont insipides ou insuffisamment expressifs. Ainsi celui qui dit pescofí, trouve que pêcheur fait trop sérieux, celui qui regrette que le rideau pendoulèje préfèrerait sans doute qu'il se contente de pendre. Celui qui s'est fait gnaquer par un chien est plus en colère et souffrira semble-t-il plus que s'il s'était tout simplement fait mordre.
[1] Calandrette, en occitan calandreta, école bilingue occitane. La première a vu le jour à Pau en 1979. Il y en a une cinquantaine aujourd'hui en Occitanie.
[2] En Italie il Meridione est le sud du pays.
[3] Les zones linguistiques concernées par ce dictionnaire sont les régions Aquitaine (Pays-Basque en moins), Midi-Pyrénées, sud de l'Auvergne (Cantal) et Languedoc (Roussillon exclu).
[4] Le patois, quel horrible mot puisqu'il signifie langue mal parlée, est le nom que les Anciens qui parlent l'occitan le plus authentique donne à cette langue. On ne peut pas leur en vouloir d'employer ce vocable puisqu'on le leur a inculqué depuis toujours. Leur occitan n'est pas vraiment celui-là. Celui-là c'est celui des intellectuels ou de la télé régionale du samedi et dimanche, il a un "drôle" d'accent (Ce n'est pas "tout à fait le même que le nôtre" ! disent-ils). Eux, les vrais, ils parlent patoès, il n'y a rien à faire !
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Ce dictionnaire ne saurait être exhaustif. Si vous souhaitez nous faire connaître les expressions que vous avez entendu employer, écrivez aux Éditions Loubatières, 10 bis boulevard de l'Europe, BP 27 – 31122 Portet sur Garonne Cedex, ou par courriel à l'auteur : bvavas@club-internet.fr
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BIBLIOGRAPHIE
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· Pierre Bec, La langue occitane. PUF Paris, 1967.
· Andrieu Lagarde : Vocabulari occitan ; Mots, locucions e expressions idiomaticos recampats per centres d'interès. Institut d'Estudis Occitans, Tolosa, édition de 1971.
· Louis Alibert : Dictionnaire occitan-français ; Institut d'Estudis Occitans, Tolosa, édition de 1977.
· Jean Séguy : Le français parlé à Toulouse, Privat, Toulouse, réédition de 1978.
· Simin Palay : Dictionnaire du béarnais et du gascon modernes. Paris, CNRS. Réédition de 1991.
· Jacques Boisgontier : Dictionnaire du français régional du Midi toulousain et pyrénéen, Paris, 1992
· Jean Anglade : La soupe à la fourchette, Presses de la Cité, 1994
· Carles i Rafael Castellanos i Llorenç : Diccionari català-francès i francès-català, Enciclopèdia catalana Barcelona, 1996.
· Charles Mouly : Le Dictionnaire de la Catinou, Toulouse, Loubatières, 1997.
· Henriette Walter : Le français d'ici, de là, de là-bas, Jean-Claude Lattès, 1998
· Bernard Moreux et Robert Razou : Les mots de Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2000.
· Florian Vernet : Que dalle ! Quand l'argot parle occitan, IEO edicions, 2007
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